J’ai par la suite décidé de connaître une autre communauté indigène, les Huichols, qui vivent eux aussi dans une région très reculée dans les états de Jalisco et Nayarit. J’ai retrouvé chez eux cette même intégration complète à la nature, ce sens du partage. Ils m’ont invitée à leurs pratiques magiques, des rituels d’initiation qui permettent aux participants au bout de cinq pèlerinages sacrés dans la terre du peyotl de devenir des « Maraakamé », c'est-à-dire des hommes de savoir et de pouvoir. Les Huichols ont de plus développé un art extrêmement raffiné qui représente toute leur mythologie. La vente de ces pièces leur permet d’améliorer leur quotidien et d’embellir leurs rituels.
’est une vingtaine d’années de pur bonheur et de joie partagée que j’ai passées à fréquenter ces communautés indigènes du Nord du Mexique.
J’ai voulu alors découvrir un monde complètement à l’opposé : la grande forêt tropicale primaire dans l’état de Veracruz, à Catemaco et dans la région des Tuxtlas.
Coup de foudre immédiat avec ce lac qui ressemble à la mer, cette végétation exubérante illuminée de ses fleurs tropicales, ces marchés qui croulent sous l’abondance et la variété des fruits et des poissons. C’est sur leur terre d’origine que j’ai découvert alors le paradis terrestre des Olmèques, le fameux « Tlalocan », le lieu où vivent les divinités de la pluie. C’est d’ailleurs des volcans de la région des Tuxtlas que provient le basalte avec lequel les Olmèques ont édifié leurs gigantesques sculptures.
C’est dans ce paradis que se développent des réserves écologiques dirigées par des biologistes et qui permettent de préserver la grande forêt primaire, comme à Monte Pio et à Nanciyaga. Dans un but pédagogique, on y reçoit des groupes scolaires qui viennent pour découvrir et étudier la faune et la flore tropicales. Un tourisme durable s’est également mis en place qui protège la forêt, donne du travail aux indiens Popolucas. Ils servent de guides, expliquent le pouvoir curatif des plantes, montrent les cascades perdues en pleine jungle et proposent également hébergement et hospitalité au visiteur qui est ainsi en contact avec les habitants.
On assiste à Nanciyaga à une renaissance des traditions préhispaniques comme le Temascal, un bain de vapeur rituel, divers soins avec des plantes, les massages,…La faune de la région est superbe avec ses toucans, ses perroquets, ses singes hurleurs que l’on a réintroduits. On peut l’observer depuis des cabanes disséminées dans la forêt.
Mon intérêt toujours constant pour le chamanisme et pour les traditions des guérisseurs s’est accru à Catemaco, la « Terre des Sorciers »! Ce sont des hommes qui ont un pouvoir supérieur, des gens capables de vous connaître et de vous déchiffrer d’un seul regard, grâce à une psychologie aigue. C’est à leur contact et avec tout l’appui de leur amitié que je me suis initiée à leurs techniques de guérison et à leurs rituels magiques.
J’aime ces deux régions extrêmes qui sont à l’opposé:
Au nord les terres arides et sauvages, hérissées de cactus, quasi inaccessibles, terres de silence et d’immensité, terres des indiens qui ont su préserver leur liberté et leur fierté.
Au sud, les terres chaudes et gorgées d’eau, à la végétation exubérante où on écoute les hurlements des singes, les jacasseries des toucans et des perroquets, où règnent le bonheur et l’insouciance.
Il faut aller au Mexique pour retrouver tous ces paradis perdus, rencontrer ces gens extraordinaires, accueillants, chaleureux, solidaires qui aiment partager et qui ont des valeurs que l’on a un peu perdues dans notre monde : à savoir la générosité et une énorme joie de vivre quelles que soient les circonstances !
C’est au cours de ces voyages du nord au sud et dans tout le Mexique et grâce à mes rencontres avec tous ces être exceptionnels qu’est née l’idée d’écrire un livre sur les plantes médicinales et les techniques de guérison. Notre médecine occidentale a laissé de côté une dimension qui est la prise en compte dans la maladie, de l’âme et des émotions du patient, ce qui est primordial pour les guérisseurs indigènes. Si on est malade c’est qu’il y a un déséquilibre au niveau émotionnel ou psychique. Ce qui est aussi admirable avec les guérisseurs, c’est leur grande générosité ; la plupart ne demande pas d’argent surtout pour ceux de leurs communautés. Chacun fait l’offrande de ce qu’il veut ou de ce qu’il peut.
C’est tout ce savoir ancestral qui se retrouve dans mon livre et que je dédie à mes amis Tarahumaras et Huichols qui m’ont ouvert les portes du savoir ancestral et des étoiles, ainsi qu’à mes amis de Veracruz qui m’ont initiée aux secrets de la forêt. » |