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Le Trésor de Los Mangos de Laurent Sorcelle Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
03-06-2009
Image Le Trésor de Los Mangos, c'est la pervenche blanche, fleur rare aux vertus médicinales puissantes, qui a sorti de la misère un village de l'Etat de Veracruz, au Mexique.
C'est aussi le titre du livre de Laurent Sorcelle, que l'on connaissait jusqu'ici en tant que réalisateur de documentaires, et qui signe aujourd'hui son premier roman.
Des personnages hauts en couleur, une terre flamboyante aux abords du lac Catemaco, le décor est planté pour l'histoire vraie de la rencontre entre un jeune scientifique français et un paysan mexicain ; tous deux vont se lancer ensemble dans la culture de la pervenche et réconcilier un village avec sa terre, en prouvant à tous qu'elle peut apporter richesses et ressources vitales.   
       


Image Laurent Sorcelle, un amoureux inconditionnel de l'Amérique latine, a répondu à nos questions sur le Mexique et sur son livre.

1. Avant d'être écrivain, vous êtes réalisateur de films documentaires ; qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l'écriture de ce roman ?
Est-ce l'histoire qui vous tenait particulièrement à c½ur ? Ou est-ce avant tout l'envie d'écrire qui vous a incité à passer à la littérature ?

« C'est avant tout la beauté de l'histoire et sa force qui m'ont poussé à l'écriture. J'avais auparavant tourné là-bas, mais le documentaire n'a jamais été diffusé, les télés françaises préférant à l'époque montrer l'exploitation de la misère que des comportements exemplaires et des sentiments positifs. Alors je n'ai pas baissé les bras. Puisque je ne pouvais pas raconter cette histoire par un film, j'ai décidé d'écrire le livre. Mais en avais-je la capacité ? Car on ne sait jamais avant d'avoir essayé. Et sous quelle forme le faire ? Un essai de botanique ou de pharmacie, ou un roman ?
J'ai finalement opté pour le roman, car, paradoxalement, c'est la forme la plus proche de la réalité, en ce qu'elle est la seule par laquelle on puisse faire passer des émotions, des sentiments, des musiques, des paysages... Elle est aussi la forme dans laquelle le lecteur participe le plus à l'histoire. »

2. En parlant de paysages, on reconnaît votre vocation première dans la façon de décrire les paysages, souvent comme pour un film. Et vous avez dit qu'il vous a fallu 3 ans pour écrire ce roman, « le temps qu'il faut pour mettre des mots sur des émotions, des images ». Il y a une approche très esthétique du pays, la lecture fait naître beaucoup d'images en tête.
Avez-vous été marqué par certaines images au Mexique ? Quelles images vous viennent en tête si on vous dit « Mexique » ?


« Les images du Mexique que j'ai en tête, ce sont avant tout des couleurs, et particulièrement la teinte orange, qui est là-bas omniprésente. Il me vient aussi le vert de la végétation luxuriante, et le bleu de la mer ou du lac Catemaco. Et, bien sûr, le blanc de cette pervenche qui fait l'objet de mon livre, qui pousse par champs entiers dans la région de Vera Cruz. »   

3. « On a tous dans un coin de la tête un endroit où l'on rêve d'aller. » Avez-vous beaucoup voyagé en Amérique Latine, y voyagez-vous régulièrement ? Pouvez-vous raconter votre premier voyage au Mexique ?

« La première fois que je suis allé en Amérique Latine, c'était à Rio, au Brésil. La deuxième, au Mexique. J'y suis retourné bien des fois depuis. C'est ce que j'ai aimé en écrivant ce livre : c'est une histoire qui emmène le lecteur en voyage dans cette région du Mexique si fascinante, qui lui fait découvrir quelque chose de nouveau, de différent. »

4. Comment définiriez-vous le Mexique ? Qu'est-ce qui le caractérise le plus pour vous ?

« Je connais mal Mexico, symbole suprême de l'urbanité ; ce qui pour moi caractérise le Mexique, ce sont avant tout les grands espaces, la nature, la population indienne. C'est ce contraste plein de poésie entre les cultures indienne et européenne. Le contraste et surtout le contact entre ces cultures, d'où peuvent surgir des miracles ! C'est cela qui définit le Mexique selon moi. »

5. Pouvez-vous nous raconter brièvement votre expérience à Los Mangos lors du tournage du documentaire ? Comment étiez-vous perçu là-bas, un peu comme Michel Blonville à son arrivée ? Vous a-t-il fallu beaucoup de temps pour être accepté par les habitants ?

« Pas vraiment, car je suis arrivé dans le village en compagnie de Michel [Michel Blonville dans le livre, ndlr], ce qui m'assurait la bienveillance des habitants... On est arrivés avec le matériel de tournage, les caméras, ce que beaucoup d'entre eux n'avaient jamais vu, particulièrement les enfants ... Ca été un moment émouvant, et on a été bien accueillis, d'autant que les gens étaient heureux et fiers qu'on les interroge sur leur histoire et qu'on leur donne l'occasion de la transmettre : 80% du livre est authentiquement vrai. »

6. Comment on vit à Los Mangos aujourd'hui ? Jusqu'à quel point la ninfa [la pervenche blanche, ndlr] a-t-elle transformé la vie des habitants ?

« La première chose que la culture de la pervenche a permise à Los Mangos, c'est d'éviter l'exode. Ensuite, grâce aux revenus générés, on a pu améliorer les logements, qui sont passés de cabanes en bois ou en bambou à des maisons en dur.
Et puis, tous les enfants ont pu aller à l'école. Il y avait déjà l'école publique pour tous avant, mais avec ces nouvelles ressources, les familles ont eu les moyens d'embaucher des ouvriers agricoles, et donc de libérer les enfants des tâches qui les empêchaient d'aller à l'école.
La culture de la pervenche a été un tel succès qu'elle a été étendue aux villages alentour.
Cette nouvelle ressource, très avantageuse et pré-achetée, a constitué un réel progrès pour les habitants, mais leur mode de vie a été totalement préservé. Certains ont souhaité  s'acheter des télés, du matériel agricole, mais ils sont restés eux-mêmes. Ils ont simplement accédé à un plus grand confort. D'autant que le système de voluntarios, sur lequel repose la culture, est un système solidaire qui permet de maintenir un fort contrôle sur la vie de la communauté : celui qui abuse met tout en péril. Ainsi, l'équilibre de la région a été tout à fait respecté en même temps que les conditions de vie, à force de travail, se sont améliorées. »

7. On comprend entre les lignes l'idée que les richesses de la nature sont à préserver en tant que sources de vie pour les hommes. Quelle est l'importance du message écologiste dans votre roman ?

« Il y a en effet un tel message dans le livre. Il faut être conscient que notre vie dépend des ressources naturelles, et que certaines sont près d'être épuisées. Mais le message sous-jacent, c'est aussi que l'on peut tous avoir un trésor ignoré dans son jardin, au sens propre comme au sens figuré ; on peut être mal alors qu'on est une personne de valeur... Il y a toujours des ressources, il suffit d'en prendre conscience. C'est un peu le cas de Michel et de Gonzalo, les personnages principaux du livre : tous deux sont un peu sur la sellette, en marge, l'un de son entreprise, l'autre de sa communauté. Il y a un parallèle entre leurs histoires, et leur rencontre est l'élément révélateur de la possibilité d'avancer, de s'en sortir.
De même, certaines régions du monde, pauvres ou en difficulté, disposent peut-être de ressources insoupçonnées qui ne demandent qu'à être révélées. »

8. Le livre a un côté un peu idéaliste, avec une foi en l'humanité, l'harmonie avec la nature, l'entente entre les hommes... Comment voyez-vous l'avenir de l'Amérique Latine ? Plutôt positivement ?

« Oui, pour moi, l'Amérique Latine est un continent qui dispose d'un très fort potentiel ; on y trouve la culture, la tradition, l'innovation... Tout pour réussir ! C'est une région du monde qui va connaître un fort développement dans les années qui viennent. »

9. Il y a plusieurs thèmes abordés et différents aspects dans le livre, entre les questions scientifiques, l'aspect historique, culturel, etc... Vous faites aussi le choix d'un ton très pédagogique dans la construction et la façon de présenter et d'expliquer les choses ; s'il y avait une seule chose que vous voudriez que les lecteurs retiennent de votre roman, laquelle serait-elle ?

« Souvent, un roman, c'est avant tout une histoire, une intrigue. Mon livre, lui, est aussi pédagogique, c'est vrai. En tout cas, s'il y a une chose à retenir, c'est son optimisme sur la confiance en l'homme : ne pas désespérer, se remonter les manches. Si on n'est pas satisfait de ce que l'on a, il faut essayer de s'ouvrir et de s'exprimer autrement. Chacun peut vivre des choses très positives, il faut seulement s'en donner la peine. C'est l'histoire que vivent Michel, Gonzalo et les autres, mais c'est aussi une histoire totalement transposable, partout et tout le temps. »

10. Est-ce que vous avez fait lire le roman à certains des personnages ? Si oui, quel accueil lui ont-ils fait ?

« Michel a été très étonné quand il a appris que je voulais écrire l'histoire de Los Mangos, tout comme le groupe de recherche. Pour eux, c'est le quotidien, l'habitude, le travail, sans le côté émotionnel que moi j'y voyais. Mais finalement, tout le monde dans le village est très fier et heureux de voir cette histoire couchée sur le papier. »


www.letresordelosmangos.com
Dernière mise à jour : ( 03-06-2009 )
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