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Martine Pédron : un parcours, un livre, un dépaysement assuré |
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11-06-2009 |
A l'occasion de la publication de son livre « Médecine Traditionnelle au Mexique, des Aztèques à nos jours », Martine PEDRON, ethnologue, conférencière et spécialiste des traditions et des rituels indigènes au Mexique nous raconte avec passion son parcours et ses découvertes. C'est une belle histoire d'amour à la Nature et à l'Humanité.
« C'est à la suite d'une rencontre que je décide de faire ma thèse de
doctorat sur « La vie cérémonielle des Indiens Tarahumaras ». Je suis
donc partie en pleine Sierra Tarahumara, dans l'état de Chihuahua.
Après des heures de train, de bus et deux jours de marche à pied, je
suis arrivée au village de Batopilas, un oasis tropical, le paradis sur
terre dont tout le monde rêve avec ses palmiers, ses bananiers, ses
oiseaux multicolores. J'y installe mon camp de base avant de pouvoir
rencontrer les Tarahumaras qui descendent parfois de leurs montagnes
pour venir faire du troc. Je fais alors la connaissance d'un chef
indigène qui m'emmène avec lui dans son hameau « Cumbre del Pajarito »
pour vivre avec sa famille. C'est de nouveau l'aventure : la marche à
pied à travers champs et rivières, les nuits à la belle étoile! On
arrive enfin au hameau, perché à 2000 mètres d'altitude, dans un
paysage de cactus au milieu d'un véritable océan de montagnes qui se
perdent à l'infini!
J'apprends à vivre avec la communauté
indigène et partager les activités des femmes dont la plus importante
est la cueillette des plantes pour se nourrir et pour se soigner, en
plus de la culture du mais et des haricots noirs. C'est jour après jour une initiation à un univers méconnu : j'apprend à reconnaître les plantes et les animaux dangereux.
Je
suis invitée à participer aux fêtes et aux rituels (naissance, mort,
unions). Les Tarahumaras sont d'immenses guérisseurs, avec une grande
connaissance des plantes dont le peyotl. Leurs cérémonies du peyotl
sont uniquement dans le but de guérir les souffrances de leurs
semblables. Antonin Artaud est d'ailleurs allé les voir pour connaître
leurs fantastiques qualités thérapeutiques.
Ils sont en parfaite
harmonie avec la nature qui les entoure. Ils ont un rythme cardiaque
très lent qui leur permet de grimper, de marcher et de courir pendant
des jours entiers sans manger ni boire. J'y suis retournée pendant de
nombreuses années pour y passer chaque fois de longues périodes de 4 à
5 mois.
J'ai par la suite décidé de connaître une autre
communauté indigène, les Huichols, qui vivent eux aussi dans une région
très reculée dans les états de Jalisco et Nayarit. J'ai retrouvé chez
eux cette même intégration complète à la nature, ce sens du partage.
Ils m'ont invitée à leurs pratiques magiques, des rituels d'initiation
qui permettent aux participants au bout de cinq pèlerinages sacrés dans
la terre du peyotl de devenir des « Maraakamé », c'est-à-dire des
hommes de savoir et de pouvoir. Les Huichols ont de plus développé un
art extrêmement raffiné qui représente toute leur mythologie. La vente
de ces pièces leur permet d'améliorer leur quotidien et d'embellir
leurs rituels.
C'est une vingtaine d'années de pur bonheur et de
joie partagée que j'ai passées à fréquenter ces communautés indigènes
du Nord du Mexique.
J'ai voulu alors découvrir un
monde complètement à l'opposé : la grande forêt tropicale primaire dans
l'état de Veracruz, à Catemaco et dans la région des Tuxtlas. Coup
de foudre immédiat avec ce lac qui ressemble à la mer, cette végétation
exubérante illuminée de ses fleurs tropicales, ces marchés qui
croulent sous l'abondance et la variété des fruits et des poissons.
C'est sur leur terre d'origine que j'ai découvert alors le paradis
terrestre des Olmèques, le fameux « Tlalocan », le lieu où vivent les
divinités de la pluie. C'est d'ailleurs des volcans de la région des
Tuxtlas que provient le basalte avec lequel les Olmèques ont édifié
leurs gigantesques sculptures.
C'est dans ce paradis que se
développent des réserves écologiques dirigées par des biologistes et
qui permettent de préserver la grande forêt primaire, comme à Monte Pio
et à Nanciyaga. Dans un but pédagogique, on y reçoit des groupes
scolaires qui viennent pour découvrir et étudier la faune et la flore
tropicales. Un tourisme durable s'est également mis en place qui
protège la forêt, donne du travail aux indiens Popolucas. Ils servent
de guides, expliquent le pouvoir curatif des plantes, montrent les
cascades perdues en pleine jungle et proposent également hébergement et
hospitalité au visiteur qui est ainsi en contact avec les habitants.
On
assiste à Nanciyaga à une renaissance des traditions préhispaniques
comme le Temascal, un bain de vapeur rituel, divers soins avec des
plantes, les massages,...La faune de la région est superbe avec ses
toucans, ses perroquets, ses singes hurleurs que l'on a réintroduits.
On peut l'observer depuis des cabanes disséminées dans la forêt.
Mon
intérêt toujours constant pour le chamanisme et pour les traditions
des guérisseurs s'est accru à Catemaco, la « Terre des Sorciers »! Ce
sont des hommes qui ont un pouvoir supérieur, des gens capables de vous
connaître et de vous déchiffrer d'un seul regard, grâce à une
psychologie aigue. C'est à leur contact et avec tout l'appui de leur
amitié que je me suis initiée à leurs techniques de guérison et à
leurs rituels magiques.
J'aime ces deux régions extrêmes qui sont à l'opposé: Au
nord les terres arides et sauvages, hérissées de cactus, quasi
inaccessibles, terres de silence et d'immensité, terres des indiens qui
ont su préserver leur liberté et leur fierté. Au sud, les terres
chaudes et gorgées d'eau, à la végétation exubérante où on écoute les
hurlements des singes, les jacasseries des toucans et des perroquets,
où règnent le bonheur et l'insouciance.
Il faut aller au Mexique
pour retrouver tous ces paradis perdus, rencontrer ces gens
extraordinaires, accueillants, chaleureux, solidaires qui aiment
partager et qui ont des valeurs que l'on a un peu perdues dans notre
monde : à savoir la générosité et une énorme joie de vivre quelles que
soient les circonstances !
C'est au cours de ces voyages du nord
au sud et dans tout le Mexique et grâce à mes rencontres avec tous ces
être exceptionnels qu'est née l'idée d'écrire un livre sur les plantes
médicinales et les techniques de guérison. Notre médecine occidentale a
laissé de côté une dimension qui est la prise en compte dans la
maladie, de l'âme et des émotions du patient, ce qui est primordial
pour les guérisseurs indigènes. Si on est malade c'est qu'il y a un
déséquilibre au niveau émotionnel ou psychique. Ce qui est aussi
admirable avec les guérisseurs, c'est leur grande générosité ; la
plupart ne demande pas d'argent surtout pour ceux de leurs communautés.
Chacun fait l'offrande de ce qu'il veut ou de ce qu'il peut.
C'est
tout ce savoir ancestral qui se retrouve dans mon livre et que je dédie
à mes amis Tarahumaras et Huichols qui m'ont ouvert les portes du
savoir ancestral et des étoiles, ainsi qu'à mes amis de Veracruz qui
m'ont initiée aux secrets de la forêt. » |
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Dernière mise à jour : ( 11-06-2009 )
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